Michel Sommer, directeur de publication de la revue Mennonite « Christ Seul », nous donne un aperçu de la réflexion de son Eglise aujourd’hui.
Un livre récent présente les « éléments essentiels de la démarche anabaptiste », comme l'indique son sous-titre français. L'anabaptisme décrit ici un ensemble de convictions de ce courant de la Réforme radicale du 16e siècle, dont les mennonites sont des héritiers.
L'auteur, Stuart Murrat, un théologien baptiste anglais, cherche à dégager ce qui est essentiel dans cette tradition, en enlevant les habits ou la culture mennonite, amish, etc., ajoutée au fil du temps. D'où le titre anglais du livre : The Naked Anabaptist [L'anabaptiste nu]... Voyons ce qui reste !
Jésus est au centre de ces convictions. Non seulement comme Sauveur en qui l'on croit, mais surtout comme exemple à suivre concrètement. Cela implique de prendre au sérieux la vie et l'enseignement de Jésus comme modèle. Le Sermon sur la Montagne joue alors un rôle clé. En effet, Jésus est souvent célébré, mais pas forcément suivi. Il s'agit d'apprendre à être des disciples de Jésus, un terme peut-être plus approprié que celui de « chrétien »...
La centralité de Jésus s'exprime aussi en matière d'interprétation de la Bible. Plutôt que de lire la Bible « à plat », comme un livre où tout se vaut, il s'agit de voir en Jésus le point de convergence de la révélation de Dieu. Cette lecture de la Bible est à vivre de manière communautaire, à plusieurs, ce qui implique par exemple de pratiquer des formes de prédication à plusieurs voix, en dialogue. Mais il ne s'agit pas d'en rester à des débats d'interprétation, mais de traduire en actes ce que l'on a compris.
La manière d'être Eglise dans la société mérite réflexion. Après des siècles de chrétienté, nous vivons une transition vers une situation de post-chrétienté. La chrétienté décrit une collusion du pouvoir politique et de l'Eglise. Les anabaptistes ont rompu ce lien avec un statut privilégié pour l'Eglise, la richesse, la force. Au contraire, les Eglises sont appelées à être une bonne nouvelle pour les pauvres, les démunis, les persécutés. La post-chrétienté peut insécuriser, mais elle peut être l'occasion de redécouvrir et de partager la radicalité de l'Evangile.
Dans ce contexte, la manière d'être Eglise importe. D'un point de vue anabaptiste, l'entrée dans l'Eglise passe par le baptême de croyants adultes. L'Eglise ne sera jamais parfaite, mais elle est un groupe résolu dans ses engagements, prête à se démarquer, à interpeller, à rendre service, tout en cultivant des liens forts : des relations où l'on est redevable, une place accordée à chacun, une manière de diriger sans s'imposer...
Un autre élément essentiel des convictions anabaptistes concerne la justice et la paix. L'économie et la spiritualité ne sont pas à séparer. La foi chrétienne implique le partage et la recherche de plus de justice. Cela vaut en interne pour la communauté chrétienne, par l'aide mutuelle, mais aussi au niveau « global »... Il s'agit de questionner son style de vie, pas simplement de donner de son superflu. Et puis, le shalom selon la Bible est au cœur de l'Evangile. Cela désigne un état d'harmonie entre Dieu et l'humanité, entre les êtres humains, entre les humains et leur environnement. Ce rêve de Dieu implique de dire non à la violence et de dire oui à la non-violence et à ce qui favorise la paix, la réconciliation. Vaste programme !
Quel est l'effet de la « nudité » de ces convictions ? Elles méritent que l'on s'y attarde en tout cas. C'est vrai pour les mennonites d'abord. D'autres chrétiens semblent y trouver un intérêt. Affaire à suivre...