«Cela semble être une chose terriblement catholique pour un quaker », a fait remarquer l'un de mes collègues au printemps dernier, lorsque j'ai annoncé mon intention de marcher le long du Camino de Santiago. En effet, le mot a tendance à évoquer les images de la joyeuse bande hétéroclite des médiévaux de Chaucer ou les processions mariales solennelles de Lourdes. La seule notion de « pèlerinage » qui nous vient à l'esprit dans les traditions réformées est celle du « Pilgrim's Progress » de John Bunyan, où le voyage corporel et géographique est remplacé par un voyage entièrement intérieur.
Pourtant, l'une des gloires du qua-kerisme est sa capacité à trouver un épanouissement spirituel dans les pratiques d'autres traditions sans nécessairement les adapter à nos propres préférences ou approches. C'est donc dans le Camino de Santiago, en tant que pèlerinage « non altéré » - la traversée physique de l'espace comme un parmi d'autres, le départ du profane vers le sacré à l'extérieur comme à l'intérieur — que j'ai découvert les témoignages quakers en abondance. Il n'y a pas assez d'espace (sur la page ou dans mon propre intellect) pour élaborer une proposition de « théologie quaker du pèlerinage » à part entière. Néanmoins, je souhaite offrir quelques points de méditation au futur vaillant pèlerin..
Ce qui me frappe avant tout, c'est l'Égalité du « pèlerin », qui devient à la fois la première catégorie par laquelle on identifie tous ceux qui parcourent le Camino : la coquille de Saint-Jacques, l'équipement de randonnée froissé, les cheveux et les visages défaits. En effet, tous les modes conventionnels de catégorisation, donc de hiérarchisation, des autres autour de nous sont abolis en étant subsumés sous ce signifiant global et ses particularités visuelles. Avant même d'entendre comment quelqu'un parle, et encore moins de savoir quoi que ce soit sur elle/lui, vous l'avez déjà reconnu·e - et vous avez été reconnu·e - comme un/une compagnon de route.
En effet, les autres qualités d'une personne deviennent rapidement superflues : quelle importance a votre travail, ou votre pays d'origine, ou votre niveau d'éducation, ou quoi que ce soit d'autre, lorsque vous marchez tous dans la même direction vers la même destination, partageant les mêmes dortoirs, les mêmes repas et les mêmes expériences ? La seule importance est la possibilité que votre situation individuelle dans la « Vie Ordinaire » puisse enrichir la perspective d'un autre. Ici, nous voyons l'entrelacement de l'Égalité et de la Communauté, car la première ancre et libère la possibilité de la seconde. J'ai réalisé à quel point il était facile de rire sur le Camino. Ma théorie est que l'humour fonctionne en donnant aux gens le sentiment de faire partie d'un « groupe » ; lorsque vous êtes tous des pèlerins, vous faites automatiquement partie d'un « groupe » en raison de votre statut et des expériences partagées que cela implique. Dans le cadre de la triste atomisation du néolibéralisme contemporain, une telle communauté est difficile à trouver. L'une des rares places où elle subsiste est l'armée, qui attire souvent les jeunes par ses promesses de solidarité, de camaraderie et d'objectif commun, tout en minimisant sa brutalité essentielle. Le pèlerinage (et la randonnée en général) semble véhiculer tous les aspects attrayants et louables de la vie militaire, y compris le sentiment d'accomplissement physique, sans la demande concomitante de meurtre. Par conséquent, sur des itinéraires tels que le Camino de Santiago, nous voyons la Paix à la fois comme le résultat de l'indispensable « vivre ensemble » entre les pèlerins et comme la réfutation de l'une des principales tactiques de recrutement utilisées par l'armée pour obscurcir ce qui la distingue réellement des autres chemins de vie.
Ces trois éléments du Camino résument en quelque sorte ce que j'ai trouvé être le message central du pèlerinage : c'est là, sur le chemin, que l'on découvre tout l'éclat des possibilités humaines. Comme je l'ai fait remarquer dans mon journal alors que j'approchais de Santiago, « le Camino n'est pas la Vie Ordinaire. C'est une suggestion de ce que pourrait être la Vie Ordinaire. C'est une icône, une image sainte, un hymne, dont le fond est une feuille d'or pour transmettre la gloire de Dieu qui brille tout autour. Elle doit devenir un puits intérieur dans lequel nous pouvons puiser à tout moment, un mantra pour la méditation, une chambre intérieure pour la réflexion ». Et le chemin ne s'arrête pas non plus à Santiago, ni à Fisterra, ni à Rome, ni à Jérusalem. Comme l'a dit un compagnon de pèlerinage et vétéran du Camino la veille de son départ pour rentrer en Allemagne : « Maintenant, le pèlerinage commence ». J'encourage tout le monde sans réserve à commencer son propre pèlerinage.
—Isaac Leaver