Un blog pour partager nos croyances, nos activités, notre histoire et nos engagements - un aperçu des Quakers en France

 

Quiet Zone - Qabluna

"Quiet Zone" - Qabluna licenced under CC BY-NC-ND 4.0 https://www.flickr.com/photos/qabluna/165405870/

Quels que soient l'organization, l'association ou l'assemblée spirituelle, au bout d'un moment il faut bien s'occuper des choses pratiques de la vie, grandes (où se réunir lors d'une assemblée annuelle ? comment organiser l'accueil des nouvelles personnes), et petites (on sert du café ou du thé ? combien de biscuits ?). Comme tout le monde, les quakers doivent aussi se réunir pour prendre des décisions. Mais les quakers ont une méthode assez singulière pour la prise de décisions.

D'abord, un mot sur le nom donné à nos réunions : la réunion de recueillement pour les affaires (aussi appelée « réunion de culte pour les affaires ») vient de l’anglais, Meeting for Worship for Business. Pour les Amis, cette réunion est aussi un temps spirituel, ou nous nous retrouvons pour discerner le chemin à suivre. Comme notre culte en silence, la réunion de recueillement des affaires est aussi un moment d'écoute et de silence où nous attendons l’inspiration de la Lumière.

Lors d’une réunion pour les affaires, le ou la secrétaire présente les questions à traiter, et chacun est invité à exprimer en toute simplicité sa position ou donner son avis, quitte à poser une question pour mieux comprendre l'enjeu. Entre chaque contribution, le silence. Pas d'interruptions, pas de plaidoyers pour faire pencher la balance, et surtout pas de vote, car le vote n'est pas l'unité. Chaque participant est à égalité car le discernement est à la portée de tous.

Le rôle du secrétaire est important ici, car cette personne aide à créer les conditions pour le discernement (respect du timing, souci d’éviter le débat contradictoire). Surtout, le groupe cherche ensemble à discerner la bonne décision pour chaque sujet.

Au moment propice, le ou la secrétaire « ...s'efforce de dégager le sens des délibérations, en faisant abstraction de son opinion personnelle. (..) Il propose une minute à l’assemblée pour adoption (après modification, si nécessaire). » Cette minute est écrite sur place, et exprime le sens de la réunion . Une fois soumise aux participants, la minute peut être corrigée par l’assistance. Le secrétaire demande si la minute convient et la minute est approuvée. Elle ne sera pas changée par la suite.

Ce n'est pas un simple compte-rendu pour mémoire, mais un engagement collectif par rapport au groupe et à l'unité que nous avons trouvée. Pour citer notre livre de discipline : « Il ne s’agit pas d’une décision soudaine qui exprime une vue dominante de tous ceux qui sont présents, mais plutôt qu’elle manifeste notre confiance dans une méthode de recherche de la volonté de Dieu. » Pour les personnes habitués aux réunions d'entreprises ou associatives, cette façon de faire peut dérouter. Après tout, la quête de « l'efficacité » actuelle ne laisse pas beaucoup de place pour les temps de réflexion et de silence. Le dicton, 'Qui ne dit mot consent', n'a pas sa place ici, car le consentement est important.

Quelques avantages à cette méthode : la réunion n'est plus un tourbillon de forces contradictoires, mais un travail collectif de considération et de soutien mutuel. Souvent, la minute exprime l'essentiel d'une question ; les Amis font confiance aux membres d'un comité ou aux personnes pour le suivi de la décision prise. C'est un système qui repose sur la confiance, elle-même basée sur la reconnaissance de « la part de Dieu en chacun ».

Mais que faire si l'unité n'est pas trouvée, si le discernement ne vient pas ? En cas de désaccord non résolu, la question est remise à plus tard (ou à une date ultérieure). Plutôt qu’un échec ou un signe d'inefficacité, c’est une invitation à la réflexion. La discipline demandée pour ces réunions n'est pas toujours facile à trouver dans notre tradition française. Pourquoi bouder cette glorieuse tradition de débat contradictoire ? Garder le silence après la prise de parole ? Pour beaucoup, c’est une lutte contre soi. C’est plus facile de céder à la tentation de couper la parole, sortir le bon mot, ou d'affirmer son désaccord. Notre expérience a quand même montré que cette pratique si particulière nous convient bien et nous permet d'avancer.

Pour savoir plus sur la méthode quakers et les pratiques spécifiques à l'Assemblée de France, consulter Pratique et Usage : https://quakersenfrance.org/images/experience-pratique/Pratique-Usages.pdf

 

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