Chancelier de France au temps des guerres de Religion

Par Jean-Paul Autant

Michel de l'HospitalPERSONNALITE AUX MULTIPLES TALENTS

Qui se souvient aujourd’hui de l’illustre Michel de L’Hospital ? Bien peu d’entre nous ; et rares sont ceux qui peuvent en parler un peu. Ce court article nous offre l’occasion d’évoquer un aspect particulier de sa personnalité fertile, riche de multiples talents. Car L’Hospital est tout à la fois humaniste, juriste, parlementaire, poète, érudit, homme d’Etat… Cet article nous permet d’insister sur un aspect de l’œuvre du grand chancelier : sa volonté affirmée, constante, d’établir et de protéger la paix autant que possible.


D’une haute stature morale au caractère profondément pacifique, érudit au tempérament calme, modéré et paisible, L’Hospital démontre de rares aptitudes à nouer le dialogue, à apaiser les tensions. Opiniâtre et courageux, il y forgera de grands succès. Il devra affronter aussi des difficultés et des obstacles qui, à la fin de sa carrière, se révèlerons insurmontables. Envers et contre tout, il poursuit inlassablement un objectif fondamental : concilier les opposés, réconcilier les contradicteurs et les adversaires. Le cas échéant, il tente d’établir au moins une « tolérance » entre les protagonistes. L’Hospital vise à instaurer une paix durable et juste au sein du royaume de France qu’il aime par-dessus tout. Grand serviteur de l’Etat, politiquement, la réalisation du bien public constitue son but ultime.

ORIGINE ET ASCENSION

Issu de la « classe moyenne » dirait-on aujourd’hui, il vient de son Auvergne natale. Rien ne destine à un grand avenir Michel, fils du médecin Jean de L’Hospital, fidèle conseiller du connétable de Bourbon qui passera à l’ennemi (Charles-Quint), sera réprouvé, déchu et banni de France avec ses serviteurs par les juristes de François 1er.
Malgré ces graves difficultés, le jeune Michel de L’Hospital, entraîné malgré lui dans cette chute familiale et la fuite à l’étranger, suivra de solides études universitaires de Droit en Italie. Il connaîtra par la suite une ascension sociale graduelle mais remarquable. D’abord stagnante et lente au début de sa carrière juridique – avocat à Paris après la réhabilitation de sa famille – l’évolution de sa situation se montre constante et ascendante pour atteindre ce haut sommet : la Chancellerie de France. Chancelier de France : Dignité de tout premier plan, représentant le roi en son absence, il est parmi les premiers personnages de l’Etat, ministre de la Justice et proche conseiller du roi. L’Hospital est appelé à cette éminente fonction par la reine mère, Catherine de Médicis, en 1560, qui assure alors la régence du royaume. L’Hospital assume réellement cette charge jusqu’en 1568 ; charge toutefois suspendue dans les années 1562-1563 par une disgrâce ponctuelle d’une douzaine de mois.

GUERRES DE RELIGION

Nombre d’humanistes partagent, à des degrés divers, l’idée du rejet de la guerre, et réprouvent ses affreuses violences et destructions. Appelé aux responsabilités de l’Etat, sage humaniste, paisible, « pacifique », ouvert à autrui, imprégné des idées des antiques philosophes stoïciens grecs et latins, ainsi que des humanistes de son temps comme Erasme, More… L’Hospital applique, au plus près de ses convictions, ses principes essentiels. Chrétien convaincu, il est fidèle à ce qu’il comprend de sa lecture de la Bible (notamment des évangiles). Toutefois, il est confronté à une des pires crises que le royaume ait jamais connues : ce que l’on appelle aujourd’hui « les guerres de Religion. »
Guerres de Religion : succession de huit véritables guerres civiles qui parait lors de la Réforme protestante (L’Hospital est contemporain des quatre premières.) Elles séviront en France entre 1562 et 1598, jusqu’à l’avènement du roi Henri IV (1589) et sa promulgation du célèbre Edit de Nantes (30 avril 1598). Cet « édit de tolérance », on le constatera, est inspiré des travaux et édits pacificateurs précédents rédigés sous l’autorité de L’Hospital, dans le droit fil de sa politique initiée dès 1560.

HOMME D’ETAT PACIFIQUE

Avec ces hautes valeurs morales qu’il croit nécessaires à tout serviteur de l’Etat, Michel de L’Hospital se sent pénétré par l’importance de sa mission : successivement chancelier sous deux rois : François II et Charles IX. Pour lui, il s’agit notamment d’une mission de Paix et de Justice, l’une n’allant pas sans l’autre.
Nous ne pouvons entrer ici dans l’analyse de ses conceptions personnelles concernant les terres et provinces devant relever de la couronne. L’Hospital prônera le plus possible la paix, nonobstant les exploits militaires qu’il louangera d’Henri II et du duc de Guise pour conquérir et défendre Metz, Toul, Verdun, Calais, Thionville… Après de vaines négociations avec la reine d’Angleterre pour l’évacuation du Havre, L’Hospital approuve la reprise militaire de la ville (juillet 1563). Il considère qu’il s’agit d’une juste intervention pour récupérer un port illégalement occupé par des troupes anglaises depuis quelques mois, place stratégique et partie intégrante du royaume.
Toutefois, la paix demeure un fondement essentiel de sa politique. Il le montrera maintes fois. Le 17 août 1563 au Parlement de Rouen, L’Hospital déclare notamment : «[…] C’est la paix que nostre seigneur Jesus Christ nous a recommandé garder. Veut le Roy que toutes armes soyent posées par tout son Royaume […].»

L’idée de « tolérance » aussi est présente à l’esprit du chancelier. Non la notion philosophique moderne, actuelle, ce serait un regrettable anachronisme, mais celle d’une relative liberté de foi, consentie dans un cadre précis pour les protestants au sein du royaume. L’Hospital estime que la violence est inutile, vaine et même nuisible, pernicieuse. Elle est illégale. « Le couteau vaut peut contre l’esprit » déclare-t-il au Parlement d’Orléans le 13 janvier 1560.
En outre, la violence entre citoyens est une trahison envers son roi et son pays qu’elle entraîne vers la sédition et la perdition. Elle fait le jeu des puissances étrangères en affaiblissant et ruinant le royaume. Pour lui, il vaut mieux subir pacifiquement une situation injuste que de déclencher une guerre civile.

CITOYEN PAISIBLE, L’AMITIE

Notons que, pour ce qui concerne sa vie privée, L’Hospital recherche toujours à vivre en paix avec quiconque : « Si j’étais personne privée, je vivrais en paix avec chacun, comme je fais avec mes amis qui me hantent, avec mes voisins, aux champs et à la ville, n’ayant nul procès ni différent avec personne. »1 C’est ainsi qu’il abandonne rapidement son métier d’avocat qui, quelle qu’en soit sa grandeur, ne lui convient pas. Il hait la chicane, les discours verbeux, parfois dissimulateur de la vérité, les procédures et appels sans fin des justiciables qui tentent d’échapper à leur juste jugement.

L’Hospital favorise, instaure et organise la paix autant que possible. Non seulement la paix, mais plus encore : la « fraternité » pourrait-on dire aujourd’hui, l’amitié entre citoyens. Celle-ci doit régner dans toute cité comme dans tout le royaume. C’est le lien concitoyen. La réalisation du bien public devant être le but visé par tous et par chacun, délaissant tout objectif particulier, partisan ou clanique. « Otons ces mots diaboliques, noms de parts, factions, séditions, luthériens, huguenots, papistes [noms injurieux à l’époque] ne changeons le nom de chrétiens. »2 affirme-t-il encore à Orléans.

PRETEXTES FALLACIEUX

L’Hospital considérera toujours la guerre de Religion comme une guerre civile déguisée sous de faux prétextes religieux. Personnellement, l’Hospital reste catholique, malgré les rumeurs contraires. Il se demande comment la religion chrétienne douce, pacifique à l’exemple de Jésus, pourrait servir de justification à l’emploi de la violence, de la brutalité contre des concitoyens, contre d’autres hommes. Selon lui, ceux qui se réclament d’arguments chrétiens pour justifier la violence sont des imposteurs : démarche contradictoire, raisonnement injustifiable. L’Hospital estime que les provocations, dégradations matérielles, contraintes, brigandages, vols, viols, meurtres… qui se développent au cours des « guerres de Religion » sont de purs délits et crimes de droit commun. Ils doivent être jugés et punis comme tels. Pacifique, sage et modéré, L’Hospital n’en est pas moins favorable à une monarchie juste mais forte, et pour une Justice intègre qui se prononce sans retard ni faiblesse.

HERITAGE PACIFIQUE

Le chancelier de L’Hospital va ainsi œuvrer sans relâche pour la paix intérieure avec plus ou moins de bonheur en cette époque de fanatisme exacerbé. Il affrontera de terribles obstacles, rencontrera et déjouera d’incessants pièges tendus contre lui ou contre sa politique par des chefs de partis habilles, puissants, qui entourent le roi et la reine mère.
Au cours de sa carrière, on lui doit de nombreux édits d’apaisement, à commencer par l’édit d’Amboise (mars 1560) qu’il validera, puis l’édit de Romorantin (mai 1560) qui décriminalise de facto l’hérésie protestante. Lui succèdent « l’édit de juillet » (juillet 1561) qui, notamment, amnistie les faits illégaux de religion commis depuis la mort d’Henri II, et surtout l’un des plus célèbres édits pacificateurs : « l’édit de janvier » ou « édit de tolérance » (janvier 1562). Après l’échec du colloque de Poissy, vaine tentative d’établir un compromis entre théologiens catholiques et protestants, cet « édit de janvier » fait date. Il accorde légalement la qualité de sujets loyaux du roi de France, à « ceux de la nouvelle religion » (les protestants). Germe légal de « liberté de conscience », de « tolérance civile », c’est une innovation. Droits limités à nos yeux d’aujourd’hui, il s’agit néanmoins, pour l’époque, d’un énorme bouleversement.

Au fil des années, les affrontements et violences se succèdent et se répondent. Catholiques et protestants se mesurent, se défendent et se combattent, mettant sur pied de guerre hommes d’armes et seigneurs, princes du sang, et même princes, milices et mercenaires étrangers… Clôturant les deux premières « guerres de Religion » (durant la chancellerie de L’Hospital), les édits de paix (d’Amboise : 1563, et de Longjumeaux : 1568) sont l’œuvre du chancelier ; ils serviront de références aux édits de paix suivants alors que L’Hospital ne sera plus aux affaires. L’escalade de conflits meurtriers va atteindre au paroxysme avec les massacres des protestants lors de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572 et les jours suivants.

Paroxysme mais non dénouement, hélas ! L’Hospital est bouleversé par les horribles et nombreux massacres. L’Hospital ainsi que sa fille en réchappent de justesse. Barbarie innommable, le palier de l’ignominie vient d’être franchi dans Paris et les grandes villes de France. L’Hospital en concevra un immense dégoût, une forme d’écœurement extrême. A cette date, L’Hospital n’est plus aux affaires : disgracié en 1568 par le roi, il ne voulait pas cautionner une politique répressive, un état de guerre civile. La Saint-Barthélemy, choc profond, véritable séisme dans son âme d’humaniste, L’Hospital en écrira une sévère réprobation au roi Charles IX ; lettre dévoilée après sa mort.
Agé de soixante-sept ans, L’Hospital décède sept mois plus tard (12 mars 1573). Souffrant d’une maladie chronique, le jeune roi meurt vingt et un mois plus tard (30 mai 1574), à l’âge de vingt-quatre ans.

La veille de sa mort, Michel de L’Hospital affaibli dicte son testament. Commentaires derniers de sa propre vie, ultimes recommandations et espérances, on peut notamment y lire et méditer: « […] j’ay tousjours conseillé et persuadé la paix, estimant qu’il n’y avoit rien de si dangereux en un pays qu’une guerre civille, ny plus profitable qu’une paix, à quelque condition que ce fust.» Puis il termine par ce vœu de respect mutuel et d’amitié concitoyenne : « […] Au surplus, je vous recommande à tous de vous honnorer l’un l’autre et entr’aymer.[…]»

Jean-Paul Autant est l'auteur de : Michel de L’Hospital (vers 1506-1573). Un humaniste, Chancelier de France au temps des guerres de Religion. Editions Lavauzelle, 2015, 378 pages, illustrations originales.

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Elle a obtenu en 1947, avec le British Friends Service Council (aujourd'hui Quaker Peace and Social Witness, également lié aux quakers), le prix Nobel de la paix pour ses actions envers les civils victimes de la Seconde Guerre mondiale.

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